Qui arrête qui?
En 1906 Albert Schweitzer, le fondateur de l'association suisse d'aide à l'hôpital Schweitzer qu'il fonda en 1949 à l'âge de 74 ans, qui est surtout connu en qualité de médecin et de bâtisseur, mais qui s'est également fait un nom bien au-delà de son Alsace natale en Suisse en tant qu'organiste, musicologue, philosophe et théologien, a publié un livre qui s'intitule: « À la Recherche du Jésus historique. » Dans son livre, Schweitzer y conclu que Jésus était un simple homme qui était dominé par l'espérance de la venue du royaume de Dieu et qui finalement, dans le désespoir, a essayé de forcer l'arrivé de ce royaume en recherchant sa propre mort!
Schweitzer décrit cela dans une citation célèbre: « Tout autour régnait le silence. Alors le Baptiste apparaît, criant: Repentez-vous, car le Royaume de Cieux est proche. Pas longtemps après arrive Jésus, sachant qu'il est le Fils de l'homme tenant dans ses mains la roue du monde afin de la faire se déplacer vers cette dernière révolution qui doit conduire l'histoire ordinaire à sa fin. Mais la roue refuse de se tourner, alors il se jette sur elle. Alors elle se tourne; et l'écrase. (Selon lui, Jésus a essayé de contrôler l'histoire, mais l'histoire s'est retournée contre lui!) Au lieu d'introduire les conditions permettant l'insertion des évènements de la fin, il a, selon Schweitzer, détruit ces conditions. La roue poursuit sa course en avant et le corps écorché de ce grand homme qui se regarde comme l'autorité spirituelle de la race humaine, s'y accroche toujours. C'est là, toujours selon Schweitzer, sa victoire et son règne. »
Pour Albert Schweitzer et, tragiquement, pour des milliers qui l'ont suivi, Jésus était un idéaliste hypocrite, empoigner et écrasé comme une poupée de chiffon dans la roue de l'histoire, qui est mort dans la confusion, le désespoir et le rejet. Loin de voir Jésus comme une figure historique impuissante devant les événements épouvantables entourant sa mort, l'apôtre Jean le décrit dans son évangile comme étant parfaitement au contrôle sur tout ce qui a entouré sa mort, et non pas comme le décrit Albert Schweitzer!
Ce que l'apôtre Jean rapporte des derniers jours de Jésus sur cette terre, apporte plutôt un puissant encouragement pour tous ceux qui vivent dans un monde où il semble à certain moment n'y avoir aucun Dieu Souverain au contrôle des évènements qui s'y déroulent! J'aimerais vous décrire brièvement à cet écart, les évènements qui eurent lieu le soir de son arrestation dans le jardin de Gethsémané, et qui sont consignés par Jean dans le chapitre 18 de son évangile, et qui mettent en évidence les paroles du Seigneur Jésus-Christ quelque temps auparavant: « Le Père m'aime, parce que je donne ma vie, afin de la reprendre. Personne ne me l'ôte, mais je la donne de moi-même; j'ai le pouvoir de la donner et j'ai le pouvoir de la reprendre: tel est l'ordre que j'ai reçu de mon Père. » (Jean 10. 17-18)
Nous y voyons premièrement cette seigneurie de Jésus dans son choix concernant le lieu de son arrestation! Le Seigneur a délibérément choisi Gethsémané pour y rencontrer ceux qui le saisiraient! En ville, dans la chambre haute, Jésus aurait été plus en sécurité. Les chefs religieux redoutaient sa popularité, et eux-mêmes avaient convenu de ne pas l'arrêter pendant la fête de la Pâque à cause du trop grand nombre de personnes qui se trouvaient à Jérusalem. Ils avaient mentionné les paroles suivantes deux jours avant son arrestation: « …ils délibérèrent sur les moyens d'arrêter Jésus par ruse, et de le faire mourir. Mais ils dirent: Que ce ne soit pas pendant la fête, afin qu'il n'y ait pas de tumulte parmi le peuple. » (Matt. 26. 1-5).
Au cours des mois précédents, pour échapper de leurs mains, Jésus s'était réfugié premièrement en Pérée, au-delà du Jourdain (Jean 10. 37-40), deuxièmement dans la contrée voisine du désert de Judée, dans une ville appelée Éphraïm, à 25 km au nord (Jean 11. 53-54). Il a agit ainsi, non par lâcheté, mais comme il l'avait mentionné à plusieurs reprises: parce que son heure n'était pas encore arrivée. C'est-à-dire l'heure convenue par Dieu le Père où il donnerait sa vie en rançon pour le pardon des péchés. (Jean 2.4; « … Femme, qu'y a-t-il entre moi et toi? Mon heure n'est pas encore venue. » Jean 7.30; « Ils cherchaient donc à se saisir de lui; et personne ne mit la main sur lui, parce que son heure n'était pas encore venue » 8.20; 12.23-27; 13.1) Alors pourquoi Gethsémané? Parce que son heure était venue comme il venait de le mentionner à son Père dans la chambre haute: « Après avoir ainsi parlé, Jésus leva les yeux au ciel et dit: Père, l'heure est venue! » (Jean 17.1) et parce que Juda connaissait très bien le jardin de Gethsémané, Jésus s'y étant souvent réuni avec ses disciples (Jean 18.2).
Nous voyons deuxièmement la Seigneurie de Jésus dans sa confrontation avec ses adversaires! (v.2-6) Dans le jardin de Gethsémané, Jésus est en agonie devant l'heure qui est devant lui. S'étant jeté par terre, il pria à trois reprises pendant une période d'une heure chacune environ, qui fut pour lui un combat sans précédent, à tel point que sa sueur devint comme des grumeaux de sang qui tombaient à terre. Durant ce temps d'intense combat spirituel, il savait qu'à Jérusalem Judas se préparait à le trahir et s'avançait avec une cohorte de 600 soldats avec des huissiers, avec des lanternes, des flambeaux et des armes, envoyés par les chefs religieux d'Israël. Malgré cela, Jésus demeurait avec ses disciples dans le jardin à les attendre! Il faisait noir, ce qui lui aurait permis de se sauver avec ses disciples, même à ce moment-là.
Mais ce n'est pas là ce que fit Jésus! Il n'attend pas d'être trouvé. Bien au contraire, il s'avance devant la foule armée, et leur dit: « Qui cherchez-vous? Ils lui répondirent: Jésus de Nazareth. Jésus leur dit: C'est moi. Et Judas, qui le livrait, était avec eux. Lorsque Jésus leur eut dit: C'est moi, ils reculèrent et tombèrent par terre. Il leur demanda de nouveau: Qui cherchez-vous? Et ils dirent: Jésus de Nazareth. Jésus répondit: Je vous ai dit que c'est moi. Si donc c'est moi que vous cherchez, laissez aller ceux-ci. Il dit cela, afin que s'accomplît la parole qu'il avait dite: Je n'ai perdu aucun de ceux que tu m'as donnés. » (v.4-9)
La réponse de Jésus fut le dernier exercice de la puissance par laquelle il avait calmé la mer et le vent, et guéri les malades. Dans un sens réel, la cohorte n'a pas arrêté Jésus - il l'a arrêté. Ses paroles étaient un avertissement provenant de sa grâce pour leur faire réaliser qu'ils se trouvaient sur une voie dangereuse. Christ aurait très bien pu invoquer son Père qui lui aurait donné à l'instant plus de 12 légions d'anges (= entre 36,000 et 72,000 anges), mais il ne l'a pas fait. L'apôtre Jean met beaucoup d'emphase sur le fait que Jésus était parfaitement au contrôle des circonstances et de sa propre destiné. Il n'a pas été arrêté par surprise ou sans qu'il l'ait voulu. C'est lui qui contrôlait la situation! (Cf. Jn. 6.64; 13. 1, 3, 11, 18)
Nous voyons troisièmement la Seigneurie de Jésus dans la protection de ses disciples! (v. 7-11) Martin Luther croyait que la protection de Jésus était le plus grand miracle qui soit arrivé à Gethsémané! Jésus s'est sacrifié lui-même pour leur sécurité! Sa méthode est évidente: v.4b « Qui cherchez-vous? » Il a rétréci leur concentration visuelle et mentale, pour la porter sur lui seul! Ensuite il a augmenté ce rétrécissement en les faisant tous reculer et tomber par terre! (v.6) « Qui cherchez-vous? ... si donc c'est moi que vous cherchez, laissez aller ceux-ci. » v.8b
Ajoutez à cela la manière dont il a traité le geste impulsif de Pierre: « Simon Pierre, qui avait une épée, la tira, frappa le serviteur du souverain sacrificateur, et lui coupa l'oreille droite. Ce serviteur s'appelait Malchus. » (v. 10). Malchon a les yeux grands ouverts! Le sang coule entre ses doigts, tandis que des centaines d'épées sortent en tintant de leurs fourreaux! Puis viennent les paroles de Jésus, qui nous sont rapportées par Luc dans son évangile: « Laissez, arrêtez! » (22. 51). Puis Jésus dit à Pierre: « Remet ton épée dans le fourreau. Ne boirai-je pas la coupe que le Père m'a donnée à boire? » (Jean 18.11)
Qui contrôle ici? Qui arrête qui? Jésus contrôlait parfaitement tous les évènements qui ont entouré sa mort! Les paroles d'Albert Schweitzer ne valent rien devant l'évidence du contrôle que Jésus exerçait sur les évènements à Gethsémané! La roue de l'histoire de ce monde ne l'a pas écrasé, c'est lui qui en est le centre et la raison d'être!!
De la même façon que Christ a contrôlé sa propre destinée, même lorsque les circonstances semblaient lui être contraires, de même il contrôle parfaitement la nôtre. Même lorsque les faits semblent nous montrer le contraire, Jésus est au contrôle. Il est encourageant de voir que derrière les tragédies de la vie se trouve le but bienveillant et sage du Seigneur de l'histoire humaine. La vie peut être noire à certains moments, les tragédies peuvent survenir, et à certaines occasions le monde entier peut sembler s'écrouler, ce n'est pas la fin.